Si vous demeurez autour du lac Black, vous avez sans doute entendu parler de l’utriculaire pourpre, Purple Bladderwort en anglais. L’Utricularia purpurea est une plante indigène carnivore sans racines qu’on retrouve dans plusieurs plans d’eau dans l’Est de l’Amérique du nord mais très rarement au Québec. Lors des grandes éclosions, c’est gênant mais cette plante est inoffensive.
Vous allez maintenant découvrir à quoi elle ressemble sous l’eau grâce à ce court montage vidéo tourné en juin 2015 dans la section est du lac Black par le Dr. Richard Carignan de l’Université de Montréal, grand spécialiste des lacs au Québec. C’est aussi à lui que nous devons la carte des macrophytes (plus bas sur cette page) ainsi que les belles cartes bathymétriques que vous voyez sur la page d’accueil du site.
Dans la video, vous verrez apparaitre les noms des plantes en ordre d’entrée en scène. D’abord la Vallisnérie américaine, puis la Brasénie de Schreber, le Potamot à large feuilles et enfin l’Utriculaire pourpre. Puis, en fin de programme, une valse des plantes précédemment citées et du Potamot émergé pour clore le programme. On retrouve toutes ces plantes, à l’exception de l’utriculaire pourpre, dans chacun de nos lacs.
On ne sait pas depuis combien de temps cette plante habite le lac Black. D’où vient-elle? Comment se fait-il qu’il n’y en ait pas au lac Boyd qui reçoit d’énormes quantités d’eau du lac Black? Nul ne le sait!
Toutefois, j’ai en main un copie d’un rapport du Collège Vanier de 1981 * à propos de la vie aquatique dans les lacs Boyd et Black qui ne mentionne pas la présence d’utriculaire pourpre dans sa liste des principales plantes recensées au lac Black. Étrange!
Cette carte a été réalisée en 2013. Comme vous pouvez le constater, les plantes – principalement des utriculaires pourpres – recouvrent une partie importante du lac, surtout dans la baie située dans le secteur est du lac.
La situation a radicalement changé en 2019 lorsque la couverture d’utriculaire pourpre a été réduite de 40 à 50 %, puis de nouveau de 80 % en 2020. Et en 2021, il ne restait plus qu’environ 10 % de la couverture initiale.
L’année suivante, en 2022, une augmentation de la couverture d’environ 20 % par rapport à la couverture initiale a été observée. Et puis, en 2024, la couverture s’est considérablement élargie. En 2025, la couverture est moins importante mais plus gênante pour les habitants comme le montre cette photo prise en septembre. Ce ne sont pas des données scientifiques, mais une bonne illustration du comportement très dynamique de cette plante.
La situation en 2026
Fidèle à son habitude, 2026 a été un peu spéciale. Début juillet, les résidents de l’extrémité Ouest du lac ont remarqué que des bouquets de plantes dérivaient vers leur secteur. De toute évidence, il s’agissait d’utriculaire pourpre, une plante sans racines, qui dérivait de l’extrémité est du lac. Heureusement, elles se sont dispersées au bout de quelques jours.
À la mi-août, je suis retourné à l’est du lac pour évaluer la situation. Regardez attentivement ma photo! ! Eh oui, il n’y a peu près pas d’utriculaire pourpre. Les plantes aquatiques que vous voyez en avant-plan sont des pontédéries.

On sait peu de choses sur cette plante carnivore, connue pour ses explosions sporadiques de population documentées dans certains lacs du nord du Wisconsin au cours des 20 dernières années.Très peu de recherches ont été publiées même s’il existe une organisation appelée International Carnivorous Plants Society. Il y a peu de choses sur cette plante.
Conclusion
En résumé : nous sommes confrontés à un phénomène cyclique entraîné par la météo. La température, les précipitations et les changements saisonniers ont un impact sur le cycle de croissance des utriculaires. Des températures plus chaudes peuvent favoriser leur croissance, tandis que des événements météorologiques extrêmes, tels que des sécheresses ou des pluies abondantes, comme celles que nous avons connues en 2024, peuvent modifier leurs habitats, favorisant ou entravant leur expansion.
Il est vrai que ces plantes constituent parfois une nuisance importante pour certains résidents, notamment ceux qui habitent le secteur Est du lac.
Cependant, une chose est certaine : on ne peut intervenir légalement sans obtenir au préalable un certificat du ministère de l’Environnement . Il s’agit d’un exercice complexe et coûteux où l’on doit faire une étude démontrant que l’intervention proposée ne causera pas plus de mal que de bien, et qu’elle sera efficace.
J’ai consulté le Top Gun en matière de plantes aquatiques – un professeur à l’Université Laval (Ph.D. Biologie) – qui m’a dit que produire une étude crédible pour faire cette démonstration est extrêmement difficile et que, s’il était consulté, il ne recommanderait pas la délivrance d’un certificat !
Espérons encore de nombreuses années comme 2026 se répéteront!
* A Preliminary Aquatic Survey Boyd and Black Lakes, Quebec. Technical report No. 5a 1982 H.J. Smart D.J. Oxley – Vanier College Fish and Wildlife Technology Program




Très intéressant à lire. Bien documenté. Merci!